LA PUB VOUS REND CONS

dimanche 12 juin 2016

conte en patois : le Mâ



Voici une compilation des histoires paysannes que racontait Louise Livet (qui, pour la plupart, sont inspirées ou copiées des « Contes de Jean-Pierre » du poète Louis Mercier). Je ne sais pas si elle en a inventées et écrites elle-même.

Il s'agit de contes relatant la vie paysanne du canton de Belmont de la Loire, dans la région de Roanne dans la Loire (42), dans la première moitié du XX eme siècle. Louise Livet demeurait à Sevelinges. A l'origine tous ces contes sont issus de la tradition orale en patois local, une variante du franco-provençale.
C'est pourquoi les retranscrire est un exercice difficile : il ne faut pas faire trop attention à la concordance des temps, aux changements de narrateur ou de sujet. De nombreux mots ou expressions sont directement tirés de cette langue et n'existent pas en français.

Louise Livet fût une conteuse exceptionnelle en patois jusqu'à sa mort en 2016. Ses cahiers, entièrement écrits à la main, cumulent sans doute près de 300 contes.
Ces petites histoires sont avant tout un témoignage drôle et fidèle de la vie quotidienne des gens à cet endroit là du monde à ce moment là de l'histoire...

15. Le Mâ

Afficher l'image d'origine
Tous les ans la veille du 1er mai les jeunes de chez nous se rassemblent par bandes pour chanter le mois. Dans cette bande de jeunes il y avait le Benoît Lantere (qu'on appelait comme ça car il n'était jamais pressé), le « crégnoule » aussi qu'était toujours après se démortsaquer, « la cliquette » à cause de son dentier que claqueu toutes les fois qu'il parleu, et puis « le grebi » qu'avait la peau toute rebit, le grand Dédé qu'était aussi grand qu'un jour sans pain, le raguenet à cause qu'il n'avait pas grandi, et d'autres copains que venaient se joindre à eux avec des couvercles et casseroles tout ça ça faisait du bruit. 

Ils s'étaient donnés rendez-vous à 9h chez le Benoît, tous pas pressés de se mettre en route à cause du temps qu'il faisait, ce n'était pas un orage c'était une pluie que tombait averse avec un brouillard aussi noir qu'au fond du four, ils se demandaient s'ils allaient partir... ils disaient tous qu'ils seraient bien mieux dans leur lit que d'aller courir les chemins ! Le Benoit dit « Buvez un coup et nous partons ! » En remontant leur col de chemise et de veste ils allaient vers la mère Suchel elle aura bien 2 œufs à nous donner et sera bien fâchée si on n'y va pas. En arrivant ils se mirent à chanter « Vatia le mâ de mai que les rosiers boutonnent ». La mère Suchel ouvre la porte que dit : « pressez-vous il fait pas bon courir les chemins par ce temps ! Vous en avez du courage ! Allons prenez les œufs dans le corbillon pendant que je vais chercher la gnôle ça vous réchauffera ! » Et les voilà repartis chez la mère Chalumet en chantant « Vatia le mâ de mai que les rosiers boutonnent ». 

La mère Chalumet que s'était couchée à cause du temps pensait que personne passerait, quand elle entendit tous ces braillons ne fit qu'un bond pour ouvrir la porte. « Entrez dont ne restez pas dehors yé pas possible d'avoir le courage de courir à ce temps ; vous avez bien besoin de prendre quelque chose pour vous réchauffer je vais aller chercher la bouteille d'eau de vie, pendant ce temps prenez donc tous les œufs du corbillon, il ne veut passer personne d'autre. », il y en avait 3 douzaines. Le Benoît avait été chercher un peu de foin pour les ranger dans son panier pour qu'ils se cassent pas. Au bout d'un quart d'heure ils repartirent tout ragaillardis vers la Thérèse.

 Pour aller chez la Thérèse il fallait faire un grand détour, voilà que 2 prennent l'idée de traverser un pré, il fallait grimper le talus en empoignant une branche de frêne mais le raguenet resta accroché dans un ragot de noisetier et ne pouvait pas grimper. Le Fidarse l'attrapa par le bras et tira sur la branche et crac, ils débaroulèrent tous les 2 au fond, le raguenet sa culotte toute déchirée le Fidarse toute la figure écorchée ! Il fallait tout de même rattraper les autres. Quand ils arrivèrent vers la Thérèse ils se mirent à hurler « Vatia le mâ de mai » mais les chiens surpris se mirent à les dévorer ! Ah la la, c'était terrible ! Le Benoît trouva un balai de bé et tapa tout ce qui bougeait. Quand la Thérèse à la porte a vu ce spectacle referma tout de suite la porte, la Thérèse ne connaissait personne les prit pour des cambrioleurs, pousse la table derrière la porte met les chaises, les bancs sur les chaises et tremblait qu'elle ne pouvait plus souffler.


Ah ! Ils étaient jolis les magnolons ! Le Benoît et sa bande ne demandaient pas leur reste ! Il fallut au moins une demi-heure pour reprendre leur souffle. Ils rentrèrent au petit jour raides comme des piquets et trempés jusqu'aux os !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire